Hautes valeurs scientifiques

Les forêts anciennes à haute valeur de conservation sont de véritables laboratoires pour les scientifiques. Ces laboratoires sont indispensables à comprendre à la fois l’organisation du Vivant, la complexité et le fonctionnement des écosystèmes forestiers, mais aussi les valeurs humaines et sociales qui y sont attachées ou développer une ingénierie créative productive de ressources et proche de la nature.

 

Une forêt laboratoire irremplaçable : la forêt de la Massane

Au même titre que les forêts de Bialowieza ou Fontainebleau, la petite forêt de La Massane (Pyrénées catalanes) est un laboratoire irremplaçable sur la nature, dans ses multiples composantes. Depuis la création du Laboratoire Arago en 1882, l’activité de recherche est active. Avec le classement en Réserve Naturelle en 1973, les travaux scientifiques ont pris une nouvelle ampleur. Cette hêtraie remarquable pour l’Europe, avec 6466 espèces répertoriées sur à peine 330 ha, est l’un des rares lieux en France où l’on peut vraiment comprendre l’organisation et le fonctionnement d’un écosystème forestier ancien et mature. Les recherches sur la biodiversité du bois mort y ont été pionnières. Les travaux portent aujourd’hui à la fois sur la taxonomie des groupes les moins connus (Ichneumonidés, espèces saproxyliques, champignons, algues, etc.), sur le fonctionnement des écosystèmes (génétique évolutive du hêtre, dynamique), l’évaluation de l’intégrité écologique des habitats par l’étude des Syrphes, ou l’histoire humaine (paléoanthracologie, archéologie).

Quand la recherche est inspirée

Actuellement, différents axes de recherche s’intéressent, s’inspirent ou s’appuient sur les forêts les plus naturelles, comme modèle de référence. Parmi ceux-ci :

  • l’inventaire de la biodiversité et son fonctionnement, dans une perspective évolutive, notamment à propos de taxons souvent méconnus (insectes, fonge, lichens, faunes saproxyliques ou cavicoles). Cela représente de nombreuses applications en biologie de la conservation et écologie de la restauration ;
  • l’ancienneté de l’état boisé, et ses répercussions en terme de biodiversité et de fertilité des sols et des peuplements productifs ;
  • l’écologie du paysage, notamment en vue d’étudier les continuité spatiales, et de définir des trames (verte, bleue ou de vieux bois), grandes infrastructures indispensables à la mobilité de la nature face aux changements globaux ;
  • l’impact des choix de gestion, notamment sylvicoles, sur la maturité, la structure, l’occurrence des microhabitats en forêt. Le développement par les sciences forestières d’outils créatifs de pilotage de la gestion durable de ressources est un enjeu fort ;
  • les conséquences des changements climatiques sur les forêts, la résilience des arbres et de l’écosystème tout entier, et le maintien des services environnementaux ;
  • l’analyse des bouclages des cycles biogéochimiques dans les écosystèmes naturels, notamment la question du stockage et des cycles non tronqués du carbone dans la forêt naturelle et son sol ;
  • l’histoire humaine, contemporaine comme plus ancienne (archéologie, paléoécologie), comme une fenêtre sur le passé permettant d’étudier l’expérience des interactions entre nature et cultures ;
  • l’économie de la nature, des ressources marchandes et des services produits par les écosystèmes ;
  • les perceptions et représentation sociales de la forêt. Insuffisamment développé en France, ce type de recherche présente des applications notamment en termes de résolution de conflits, d’éducation à la nature et de développement de loisirs récréatif durables ;
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