A C E F I N P R S

Féralité

Du latin fera, bête sauvage.
L’adjectif féral qualifie une espèce animale domestique retournée à l’état sauvage (par exemple le chat domestique, la genette ou le mouflon de Corse). Modalité particulière de la spontanéité animale, entre le domestique et le sauvage. La notion rappelle que la domestication est réversible, même s’il en reste des traces (génétiques notamment).
Au-delà de l’animal, Schnitzler et Génot (2012) étendent la notion de féralité aux écosystèmes, comme synonyme d’ensauvagement ou de retour à la friche d’un milieu exploité par l’homme. Les auteurs plaident pour la protection intégrale de vastes espaces de nature férale, c’est-à-dire la libre évolution d’espaces ruraux abandonnés, comme l’une des options pour la restauration d’une wilderness à l’européenne.

Forêt à caractère naturel

Le terme de « forêt à caractère naturel » a été promu par Réserves Naturelles de France (RNF), association regroupant les gestionnaires de réserves naturelles forestières françaises. Ces forêts correspondent en général assez bien à la définition structurale américaine : présence de vieux arbres, et des derniers stades du cycle sylvigénétique, important du bois mort, composition spécifique naturelle, réseaux trophiques aussi complets que possible. L’évolution permanente et continue vers une plus grande naturalité (restauration au fil des ans) est habituellement garantie par les articles des décrets de création de ces réserves interdisant l’exploitation forestière, la chasse, etc. (Gilg, 1997, Gilg et Schwoehrer, 1999).

Forêt mature ou vieille forêt

Les forêts matures (old-growth forests des nord-américains) sont des écosystèmes qui se distinguent par la présence de vieux arbres, des dernières phases de la sylvigenèse, de microhabitats d’espèces variées, l’accumulation de bois mort, la composition spécifique indigène. La durée sans exploitation est souvent plus que bicentenaire, voire remonte à avant la colonisation par les Européens. Les scientifiques américains parlent de « old-growth tree, old-growth forest stand, old-growth forest landscape », intégrant ainsi les échelles spatiales jusqu’au paysage écologique, c’est-à-dire plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Forêt primaire

Le terme de primaire présente avant tout une définition en termes de succession écologique. Une forêt primaire est une forêt issue d’une succession primaire, c’est-à-dire une « séquence de biocénoses se développant dans un biotope nouvellement formé et dépourvu de formes vivantes. C’est par exemple le cas de la colonisation par la végétation de champs de laves produits par une éruption volcanique » (Ramade, 1993) ou d’une végétation s’installant sur une île de gravier formée suite à une inondation d’un grand fleuve.

Forêt subnaturelle

Ce terme apparaît véritablement au début de la décennie 1990, et s’imposera avec les travaux de l’Engref (Mortier, 1989 et 1990) et du Cemagref sur le sujet. Une forêt subnaturelle est définie comme une « forêt primaire ou secondaire où il n’y a pas eu d’intervention humaine modifiant, directement ou indirectement, la composition ou la structure des peuplements. La forêt a été peu influencée par l’homme ou abandonnée par lui depuis longtemps (plusieurs dizaines d’années) » (Greslier, 1993, Greslier et al., 1995).
Pour l’ONF, une forêt subnaturelle (à protéger en priorité par l’instruction sur les réserves intégrales de 1998) est une « forêt primaire ou secondaire, composée d’espèces autochtones, régénérée par voie naturelle (futaie) qui a été assez peu modifiée par l’homme dans sa composition et sa structure ou qui a été abandonnée par lui depuis la seconde guerre mondiale ». Elle répond à six critères de naturalité : essences indigènes, matériel génétique autochtone, régénération naturelle, structure de futaie, sans intervention significative depuis la seconde guerre mondiale, présence de bois mort au sol et d’arbres sénescents.

Forêt vierge

La forêt vierge est définie par l’écologue comme un « habitat ou écosystème non marqué par l’action de l’homme » (Ramade, 1993). « Aujourd’hui, de tels milieux sont très rares et justifient de strictes mesures de protection à travers la création de réserves intégrales » ajoute d’ailleurs Ramade. En Europe, l’impact de l’homme du Mésolithique était suffisamment faible, équivalent à celui des autres mammifères, pour que les forêts de cette époque puissent être considérées comme vierges ou primaires. Cette définition correspond encore assez bien aujourd’hui à certaines forêts tropicales ou boréales, même si des peuples indigènes les habitent (empreinte réelle mais modérée).