A C E F I N P R S

Ancienneté

Qualité d’un écosystème qui existe depuis longtemps.
Pour une forêt, l’ancienneté est une estimation de la permanence de l’état boisé et ne tient pas compte de la gestion (bonne ou mauvaise) des bois. Il s’agit essentiellement d’un indicateur en relation avec la moindre perturbation des sols forestiers. Ce critère est ainsi différent et complémentaire du critère de maturité : certaines forêts anciennes sont composées d’arbres jeunes.

Critère

Principe ou élément auquel on se réfère pour juger, apprécier ou définir quelque chose. A distinguer des indicateurs, qui en mesure ou illustre une composante restreinte, ou des indices qui combinent plusieurs critères ou indicateurs dans un but de simplification.

Empreinte écologique humaine

Ensemble des traces, plus ou moins durables, laissées par les actions humaines sur tout ou partie d’un écosystème. L’empreinte peut être matérielle (creusement d’une carrière), écologique ou fonctionnelle (modification de la végétation, drainage d’un sol), génétique (sélection des génotypes) ou comportementale (domestication, effarouchement).
En forêt, la majorité des impacts est le fait du modèle général de développement (fragmentation des forêts par des voies à grands gabarits, mitage par l’urbanisation, incendies d’origine humaine, déforestation, changements climatiques, espèces envahissantes, etc.). La gestion forestière peut être une source d’impacts (reboisement et sylviculture, ingénierie écologique mal conçue, etc.).

Féralité

Du latin fera, bête sauvage.
L’adjectif féral qualifie une espèce animale domestique retournée à l’état sauvage (par exemple le chat domestique, la genette ou le mouflon de Corse). Modalité particulière de la spontanéité animale, entre le domestique et le sauvage. La notion rappelle que la domestication est réversible, même s’il en reste des traces (génétiques notamment).
Au-delà de l’animal, Schnitzler et Génot (2012) étendent la notion de féralité aux écosystèmes, comme synonyme d’ensauvagement ou de retour à la friche d’un milieu exploité par l’homme. Les auteurs plaident pour la protection intégrale de vastes espaces de nature férale, c’est-à-dire la libre évolution d’espaces ruraux abandonnés, comme l’une des options pour la restauration d’une wilderness à l’européenne.

Forêt à caractère naturel

Le terme de « forêt à caractère naturel » a été promu par Réserves Naturelles de France (RNF), association regroupant les gestionnaires de réserves naturelles forestières françaises. Ces forêts correspondent en général assez bien à la définition structurale américaine : présence de vieux arbres, et des derniers stades du cycle sylvigénétique, important du bois mort, composition spécifique naturelle, réseaux trophiques aussi complets que possible. L’évolution permanente et continue vers une plus grande naturalité (restauration au fil des ans) est habituellement garantie par les articles des décrets de création de ces réserves interdisant l’exploitation forestière, la chasse, etc. (Gilg, 1997, Gilg et Schwoehrer, 1999).

Forêt mature ou vieille forêt

Les forêts matures (old-growth forests des nord-américains) sont des écosystèmes qui se distinguent par la présence de vieux arbres, des dernières phases de la sylvigenèse, de microhabitats d’espèces variées, l’accumulation de bois mort, la composition spécifique indigène. La durée sans exploitation est souvent plus que bicentenaire, voire remonte à avant la colonisation par les Européens. Les scientifiques américains parlent de « old-growth tree, old-growth forest stand, old-growth forest landscape », intégrant ainsi les échelles spatiales jusqu’au paysage écologique, c’est-à-dire plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Forêt primaire

Le terme de primaire présente avant tout une définition en termes de succession écologique. Une forêt primaire est une forêt issue d’une succession primaire, c’est-à-dire une « séquence de biocénoses se développant dans un biotope nouvellement formé et dépourvu de formes vivantes. C’est par exemple le cas de la colonisation par la végétation de champs de laves produits par une éruption volcanique » (Ramade, 1993) ou d’une végétation s’installant sur une île de gravier formée suite à une inondation d’un grand fleuve.

Forêt subnaturelle

Ce terme apparaît véritablement au début de la décennie 1990, et s’imposera avec les travaux de l’Engref (Mortier, 1989 et 1990) et du Cemagref sur le sujet. Une forêt subnaturelle est définie comme une « forêt primaire ou secondaire où il n’y a pas eu d’intervention humaine modifiant, directement ou indirectement, la composition ou la structure des peuplements. La forêt a été peu influencée par l’homme ou abandonnée par lui depuis longtemps (plusieurs dizaines d’années) » (Greslier, 1993, Greslier et al., 1995).
Pour l’ONF, une forêt subnaturelle (à protéger en priorité par l’instruction sur les réserves intégrales de 1998) est une « forêt primaire ou secondaire, composée d’espèces autochtones, régénérée par voie naturelle (futaie) qui a été assez peu modifiée par l’homme dans sa composition et sa structure ou qui a été abandonnée par lui depuis la seconde guerre mondiale ». Elle répond à six critères de naturalité : essences indigènes, matériel génétique autochtone, régénération naturelle, structure de futaie, sans intervention significative depuis la seconde guerre mondiale, présence de bois mort au sol et d’arbres sénescents.

Forêt vierge

La forêt vierge est définie par l’écologue comme un « habitat ou écosystème non marqué par l’action de l’homme » (Ramade, 1993). « Aujourd’hui, de tels milieux sont très rares et justifient de strictes mesures de protection à travers la création de réserves intégrales » ajoute d’ailleurs Ramade. En Europe, l’impact de l’homme du Mésolithique était suffisamment faible, équivalent à celui des autres mammifères, pour que les forêts de cette époque puissent être considérées comme vierges ou primaires. Cette définition correspond encore assez bien aujourd’hui à certaines forêts tropicales ou boréales, même si des peuples indigènes les habitent (empreinte réelle mais modérée).

Indicateur

Paramètre simple, spécifique, mesurable, précis, réaliste, défini dans le temps qui permet de définir ou décrire un écosystème, évaluer son état, suivre ou indiquer son évolution. Ne pas confondre avec indice ni critère.

Indigénat

Qualité de ce qui est indigène d’une région écologique, c’est-à-dire espèce s’étant réinstallée naturellement depuis la dernière glaciation.

Naturalité

Mot ancien, naturalité est d’usage récent en écologie scientifique où il désigne l’ensemble des qualités définissant la nature, sa composition (diversité, indigénat), son organisation et complexité (maturité, processus fonctionnels), sa dynamique (ancienneté, spontanéité, résilience).

Plasticité économique

En matière forestière la plasticité économique correspond à la faculté qu’à un peuplement ou une forêt :
- à pouvoir absorber la volatilité des cours du bois des différentes essences qui les composent,
- comme pour tout patrimoine, à pouvoir être mobilisé rapidement. Le temps de retour du capital argent devient alors l’indicateur de cette plus ou moins grande mobilité.
- à pouvoir répondre à des aléas extérieurs (plus grande résistance, meilleure valeur de sauvegarde) ou à des besoins financiers du propriétaire et donc de manière plus générale à limiter les risques de production.

Résilience

« Désigne l’aptitude de toute communauté et tout écosystème pris dans son ensemble à survivre à des altérations et à des perturbations dans sa structure et (ou) son fonctionnement et de retrouver après la disparition de ces dernières un état comparable à la situation initiale (…) » (extrait de Ramade 2008)

Sénescence

Phase du cycle de vie caractérisée par des phénomènes biologiques ou écologiques qui provoquent le ralentissement de l’activité catabolique (croissance de l’arbre, augmentation de la biomasse vivante) et l’accélération des processus anaboliques (augmentation de la part du bois mort et du nombre de microhabitats rares associés) préalables à la mort de l’individu (arbre) ou à la régénération de l’écosystème (forêt).
La phase de sénescence suit celle de la maturité. Elle arrive à un âge variable dépendant de la longévité de l’essence, des conditions écologiques et des perturbations. Elle apparaît le plus souvent après le dernier tiers de la vie potentielle de l’arbre, soit le plus souvent très au-delà de 200 ans et de l’âge d’exploitabilité défini par le forestier.

Sentiment de nature

Conscience plus ou moins claire que l’on a de la naturalité d’un écosystème. Le sentiment de nature est une des dimensions de l’appréciation de la nature par l’humain, au même titre par exemple que la beauté ou l’utilité. Il est déterminé à la fois par une dimension physique et sensible (sensations par les 5 sens, perceptions plus ou moins claires et objectives), mais également des dimensions intellectuelles (représentation, conscience de la réalité écologique) ou morale (éthique). Le sentiment de nature qu’un individu perçoit en un lieu traduit sa relation à la nature et son état.